Joël Gombin, 32 ans, politiste, universitaire doctorant à l'université de Picardie Jules-Verne à Amiens, est spécialiste du vote Front national. Pour Libération, il analyse le score réalisé par l'extrême droite lors du second tour des élections régionales.
Etes-vous surpris par le résultat du FN après un premier tour tonitruant ?
Surpris n’est pas le mot, parce qu’au fond, tout est assez logique par rapport au rapport de force du premier tour. Reste que l’évolution de la participation, qui était la grande inconnue de ce second tour, laissait beaucoup d’hypothèses ouvertes. Au final, cette remobilisation des électeurs a concerné aussi bien les électeurs frontistes que leurs adversaires, ce qui a donc permis la victoire des listes opposées au Front national.
Quels sont les motifs de la défaite frontiste ? Est-ce uniquement le front républicain érigé par le PS ? Ou le FN a-t-il d’autres motifs de regrets ?
Si l’on regarde l’évolution de la participation, on constate que les renforts de voix obtenus par Xavier Bertrand en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Christian Estrosi en Paca ne viennent pas uniquement des électeurs de gauche du premier tour, mais aussi d’abstentionnistes qui se sont mobilisés contre le FN au second. Du côté du Front national, la difficulté est toujours la même : dans un système électoral qui nécessite de faire des alliances pour l’emporter, le parti frontiste demeure totalement isolé. Et donc la victoire en duel reste en dehors de sa portée.
Qu’est-ce que ce scrutin dit de la relation participation-Front national ? A savoir, peut-on en déduire que le FN fait le plein de voix au premier tour et ne dispose pas de réservoir de voix pour le second ?
Je serais un peu nuancé. A l'heure où je vous réponds [21 heures, dimanche, ndlr], il semble que, par rapport au premier tour, le FN ait gagné 200 000 voix en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et entre 250 000 et 300 000 en Paca. Par conséquent, on voit bien que le Front, pas plus que d'autres partis, n'avait pas mobilisé 100 % de son potentiel électoral au premier tour, mais que celui-ci demeure insuffisant pour l'emporter au second.
Le Front national est un parti uniquement fort dans l’abstention ?
C’est une question difficile à laquelle nous n’aurons la réponse que lors de la présidentielle de 2017. Pour l’heure, on peut constater que le Front national est un agent de mobilisation électoral aussi bien de ses propres électeurs que de ceux qui lui sont opposés lorsqu’il apparaît en situation de l’emporter.
Le FN est un parti puissant uniquement dans un scrutin à la proportionnelle ?
Je ne pense pas que l’on puisse dire ça. Les élections départementales, par exemple, se sont tenues sur un scrutin majoritaire, et, pourtant, le FN y a réalisé des scores considérables.
Après ce scrutin, quels sont les points positifs que le FN peut retenir, ses pistes de développement et, a contrario, ses voies électorales sans issue ?
Le point positif majeur pour le FN, c’est qu’il dispose aujourd’hui d’un solide socle électoral de premier tour. En l’état actuel des choses, cela devrait lui garantir un ticket pour le second tour de la présidentielle. Reste que la faiblesse principale de ce parti tient dans son incapacité à nouer des alliances ou des coalitions, ce qui lui interdit actuellement d’espérer une victoire lors de l’élection majeure, à savoir la présidentielle.